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27/11/2013

De l'art improbable........

 

 De l'art improbable...

 

 "Ce qui est agréable c'est les gens qui font de l'art sans le vouloir et sans le savoir".                     Dubuffet (correspondance avec Chaissac)

 

"Le grand ennemi de l'art, c'est le bon goût".      Marcel Duchamp

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 Moulin à vent au fond d'un jardin

 

C'est quoi "l'art improbable" ?

Le mot improbable a au moins deux sens et de nombreux synonymes.

Il signifie incertain : qui a peu de chance d'avoir lieu, audacieux, aventureux, invraisemblable, hasardeux,....

Il signifie aussi :  incroyable, fabuleux, fort, inattendu, fantastique, extraordinaire, étonnant, bizarre, original, déconcertant, étrange, singulier, ......  On peut ajouter curieux, insolite, excentrique, aléatoire.

"L'art improbable" correspond plus ou moins à tous ces qualificatifs. On peut dire aussi qu'il est kitsch, c'est à dire de "mauvais goût", baroque, un peu provocateur, rococo, tarabiscoté, lourd, chargé, démodé, suranné. On peut, enfin, ajouter hétéroclite, pompier, rétro.

Si "l'art improbable" a de nombreux synonymes, il a au moins un antonyme c'est l'art académique, pour ne pas dire "l'Art" tout court.

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Figurines installées quotidiennement devant la maison et sur la fenêtre

 

Il semble, en effet, assez improbable de considérer l'installation de nains de jardin, de moulins à vent ou autres babioles dans un espace vert ou devant une maison comme des oeuvres d'art. Encore faut-il définir ce qu'on entend par là et par l'art.

"l'Art" c'est quoi ?  

Selon le Larrousse :"C'est l'expression d'un idéal esthétique". Synonymes: talent, habileté, savoir-faire, compétence,..... Mais les définitions de l'art, varie beaucoup selon les époques et les lieux. Aucune n'est universelle.  "Un objet d'art, par définition, est l'objet reconnu comme tel par un groupe"Marcel Mauss .

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L'art moderne et contemporain vont sérieusement ébranlés l'édifice des certitudes et des concepts établis au cours des siècles précédents. Les impressionnistes tout d'abord, puis Picasso, Malévitch, Duchamp et bien d'autres, vont remettre en question, non seulement la représentation du réel et la notion d'esthétique, mais l'idée de l'art elle même.  L'art n'implique plus forcément une habileté particulière, un talent inné ou acquis, un apprentissage laborieux ou une technicité très fine. Le simple fait d'intervenir sur son environnement, de modifier la matière d'une manière ou d'une autre, ou d'agir sur un support quelconque, est en soi une action artistique et le résultat une oeuvre.                    

Une oeuvre c'est quoi ?

Selon le Wiktionnaire : "Objet créé par un être vivant, manifestation tangible d'une pensée même infime, réalisation d'un produit, fonctionnel ou non."

"Peut-on faire des oeuvres qui ne soient pas d'art ?" se demandait Duchamp.

Quand ce dernier expose en 1917 un égouttoir à bouteille dans un Salon ,il crée le concept du "ready-made"(objet tout fait) qui consiste à  choisir un objet manufacturé et de le désigner comme "oeuvre d'art". L'objet choisit ne doit pas correspondre à un choix esthétique il doit être neutre, indifférent à son auteur... On doit se débarrasser, selon Duchamp, de l'idée du beau et du laid et des notions de bon ou de mauvais goût. C'est en partant de l'idée que dans un tableau de nombreux objets sont achetés tout prêt, la toile, les pinceaux, etc....et en poussant ce raisonnement jusqu'au bout, qu'il est arrivé au ready-made. Si l'on considère l'installation d'un objet manufacturé comme une action artistique, on peut penser que Mr Trucmuch quand il installe des nains de jardins sur ses fenêtres fait lui aussi un "ready-made".  A" l'insu de son plein gré", bien sur, c'est pour ça que c'est de "l'art improbable".

La différence entre les deux est purement discursive et cérébrale.                                                       

 

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Un épouvantail

C'est peut-être pour essayer de compenser, un tant soit peu, cette prétention intellectuelle intrinsèque à l'art contemporain, qu' Hervé Di Rosa a créé le concept "d'Art Modeste".          "Tout objet est respectable, y compris les cadeaux Bonux ou la poupée Barbie, parce qu'issu du travail humain, il s'agit pour l'art modeste de mettre en valeur les choses les plus banales, les plus quotidiennes, en portant sur elles un regard qui n'est plus utilitaire, mais chargé d'affection, grâce a des assemblages, des mises en scène, à la création d'environnements qui vont leur donner une âme". (Extrait du texte de présentation du Musée International des Arts Modestes à Sète)  

Jean Dubuffet (créateur de l'art brut) disait : "L'art ne vient pas coucher dans les lits qu'on a faits pour lui, il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom. Ce qu'il aime, c'est l'incognito, ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle".

Selon la 'Pataphysique qui se réfère au "principe d'équivalence", toutes choses seraient également belles, vraies, sérieuses. "La moindre casserole fabriquée en série équivaudrait la nativité d'Atdorfer".  Il y a bien sur de la provocation, de l'humour et de la dérision dans ces propos, comme dans le manifeste Dada de 1918 qui remet en cause toutes les conventions :"L'oeuvre d'art ne doit pas être la beauté en elle même, car elle est morte".  Marcel Duchamp qui était à la fois dadaïste et pataphysicien, disait : "On peut être artiste sans être rien de particulier".   

L'art improbable par son rejet (inconscient) du bon goût établi, par sa simplicité, son côté populaire et par son esprit inhérent à l'enfance se rattache, me semble-t-il peu ou prou à tout ces mouvements.

 

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Trophées de chasse

L'art improbable est partout...... Dans l'Aude et les environs, le long des routes et des chemins, souvent dans les jardins, l'art improbable est partout. Partout où l'on veut bien le voir. Ses manifestations sont souvent infimes et se limitent à peu de choses.   Quelques nains dans un coin du jardin, un faux puits ou un moulin à vent (sujets récurrents s'il en est) un épouvantail, une gravure sur un mur, des affiches lacérées dans un abribus façon Villeglé, des trophées de chasse sur un portail en bois, etc....... Si on ajoute à cette liste non exhaustive les incontournables décorations de Noël, il devient indéniable que l'art improbable est partout.

Mais si l'art improbable est partout, tout n'est pas art improbable pour autant. Cette appellation d'origine incontrôlée n'est attribuée qu'à certaines conditions.

L'art improbable doit être le résultat d'une action, d'une intervention sur l'environnement, sous forme d'installation ou de création. L'intention doit avoir de préférence un caractère décoratif, sans prétention artistique. Une intention artistique implique même inconsciemment une recherche esthétique de "bon goût", incompatible avec l'art improbable.

L'art improbable est un art public, il doit s'afficher à la vue de tous pour exister. C'est un art populaire accessible au plus grand nombre et dépourvu de tout intérêt économique. C'est un acte gratuit, qui n'a d'autres ambitions qu'animer et embellir l'environnement de son auteur.

Comme dit Hervé Di Rosa : "La fonction de l'art est d'envahir la vie, de la rendre moins dérisoire".

L'art improbable correspond en quelque sorte aux prémices de l'art environnemental extérieur. Il en est le premier signe, la première manifestation qui ne demande qu'à se développer pour annihiler la frontière entre les deux.

Bref, l'art improbable implique une action sur l'environnement, dépourvue de volonté artistique. Un résultat à la vue de tous, plutôt kitch et ostentatoire, tout en étant modeste et sans prétention............................. c'est tout un art.     

Jean-Louis Bigou

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Des nains sur la fenêtre.....

 

 

 

 

 

 

La Maison Fleurie à Lézignan Cbes

 

 

 

 

 

 


 

 

 

La Maison Fleurie

de Lézignan Cbes

 

 

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Antoine Puéo, dit "Tounet"        

créateur de la Maison fleurie, né le 7 février 1892 à Pueyo de Marguiller, province de Huesca, Espagne.                                     décédé le 28 novembre 1965 à Lézignan 

Merci à Marie-José Puig pour m'avoir donné accès à son album de famille

 

 

 

 

 

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La Maison fleurie à l'origine, avec                     un étage, un balcon et une balustrade.

                             

 

 

 

 

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Quelques années plus tard, avec 2 niveaux supplémentaires. Les balustrades ont été déplacées, les rocailles et les plantes commencent a envahir la maison.                                                                            

 

 

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  La Maison fleurie a son apogée,  avec son créateur juché sur la corniche finale, que son fils fera détruire peu de temps après sa mort pour des raisons de sécurité.  

 

 

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Ci- dessous, une carte postale éditée au début des années 60 où l'on voit qu'Antoine Puéo aimait bien se faire photographier au sommet de son oeuvre.
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Une carte postale plus récente, où la Maison fleurie, est appelée "La maison biscornue". Les habitants du quartier l'appelait plus péjorativement :" La maison du fada".

 

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Détail des bas-reliefs de la façade et des sculptures. Le maître des lieux, à la fenêtre avec son chien.

 

 

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 Quelques articles parus dans la presse locale dans les années 50/60

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Extrait d'un article sur la Maison fleurie, paru dans la presse locale dans les années 50/60

 

..........Mais l'on pense toujours à l'idée de notre constructeur qui a voulu que, par des tuyaux fort bien agencés et invisibles (donc savamment cachés) lors des pluies, l'ondée céleste arrose toutes ses plantes (beaucoup fort anciennes et plantées par lui) depuis le toit jusqu'à son premier étage.                                                                                       Voilà contée une de nos admirables curiosités ! 

 

 

 J'ai pensé à la lecture de ce quelque peu emphatique article, qu'Antoine Puéo avait inventé, bien avant leur mode actuelle dans l'architecture contemporaine, les murs végétalisés et les jardins verticaux.

 

 

 

 

 

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La Maison fleurie en 2013.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marie-José Puig, ancienne propriétaire, raconte l'histoire de la "Maison Fleurie" dans le Midi-Libre en décembre 2012 :

"Moi, je suis née en 1951 et cette

maison a été aménagée bien avant. Sûrement au début des années quarante et en suivant. Elle appartenait à mon grand-père Antoine Puéo, un maçon d'origine espagnole, que l'on surnommait "Tounet". Il est arrivé très tôt en France où il a obtenu son certificat d'études. Plus tard, il a épousé ma grand-mère: on l'appelait "Fine", elle était cuisinière pour les grandes occasions, un vrai cordon-bleu!, explique Marie-José Puig. Au départ, on peut supposer que la maison était une enseigne commerciale. C'était un bâtiment normal. Puis mon grand-père a commencé à changer les balustres de place et les a installé plus en hauteur. Il a également créé des étages supplémentaires et s'est arrêté quand ça n'était plus possible: on ne s'en rend pas compte, mais cette maison est très haute. IL a également orné les façades avec des sculptures qu'il faisait lui même. Dès qu'il trouvait un coquillage, un joli bout de verre...il le collait à la façade. Aucun élément n'est jamais tombé car nous faisions attention. De plus, la maison était couverte de fleurs et de plantes, d'où le nom de "Maison

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fleurie". Au fil des ans, Antoine Puéo a composé un bâtiment original que l'on photographiait pour éditer des cartes postales.

 "A l'époque on pouvait faire ce que l'on voulait sur les maisons. Mais aujourd'hui, tout est classé!", commente la descendante du maçon artiste. Quelle était donc la source de  cette inspiration intarissable? Pourquoi Antoine Puéo était-il poussé par une frénésie créatrice? "Je pense que mon grand-père a dû passer par Barcelone. A cette occasion, aurait-il admiré les oeuvres de l'architecte Gaudi? Ce n'est pas impossible car je me souviens qu'il l'évoquait dans ses conversations avec les autres adultes. Je sais qu'il parlait aussi du Facteur Cheval" nous dit Marie-José Puig. En effet, la "Maison fleurie" peut-être considérée comme une oeuvre d'art brut. Un "palais idéal" qu'Antoine Puéo a modelé au fil des ans et au gré de sa fantaisie. Et si aujourd'hui elle a perdu ses fleurs et un peu de sa superbe, elle renferme néanmoins une foule de souvenirs.

Elle se remémore les bons moments et les repas de famille, avouant au passage "ça fait mal à mes filles Pascale et Fabienne de savoir que la maison va disparaître". Car en 2001, elle a vendu le bâtiment à la mairie tout en sachant qu'il serait voué à la démolition. Alors, la "Maison fleurie" ne vivra plus qu'à travers les souvenirs et les anciennes cartes postales. Cependant, Marie-José est philosophe : "Il ne faut pas regarder en arrière. Sinon, on n'avance plus".

 

 

 

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Extrait d'un article évoquant la Maison fleurie, paru dans la revue "Gazogène" en avril 2011 et faisant référence à un autre article de Jean Delmas paru dans le n°12 de la revue "Connaissance du pays d'Oc" de Mars/Avril 1975

GAZOGENE


Dans le moindre jardin

Il voit des sites partout !

 

 

.......Je ne sais également si ce mélange du végétal et du minéral est proprement méditerranéen mais on le retrouvait -en plein centre ville cette fois-ci- avec la maison d'Antoine Pueio. Comme cette maison existe encore aujourd'hui, mais "débarrassée" de ses cactus et d'une grande partie de ses constructions supérieures, laissons la parole à un témoin plus ancien, Jean Delmas, en 1975 : "Lézignan a son facteur Cheval et son Isidore le Picassiette (sic) : c'est Antoine Pueio, ancien entrepeneur de maçonnerie, mort il y a neuf ans, et qui a transformé la façade de sa maison en une sorte de monument baroque, véritable chef-d'oeuvre de l'art brut. La maison fleurie avec ses incrustations métalliques, minérales, végétales, avec ses collages de poupées et d'objets divers est une manifestations tangible de l'art populaire et spontané. D'énormes cactus grimpent à l'assaut de la terrasse où, de son vivant, Antoine Puéo élevait des poules et des canards.

"ça l'a pris comme ça, une lubie, commente sa belle-fille. Tout ce qu'il pouvait trouver comme objet et comme "fardaille" il l'apportait dans de grandes lessiveuses et l'ajoutait à la maison. Il a même enlevé le toit pour faire toutes ces chinoiseries. Les gens du quartier, ils disaient qu'il était fada. Moi, j'aime pas ça; heureusement j'habite sur le derrière et, le derrière, ça n'a rien à voir avec le devant".................

                                        

                           Article de Jean Delmas, paru dans "Connaissance du pays d'Oc"  n°12 en Mars/Avril 1975

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 Un autre article concernant Antoine Puéo écrit par Yves Rouquette intitulé "Les bâtisseurs de l'imaginaire"- "A l'homme du commun la timbale"- a été publié en 1983 dans "Les cahiers de l'office" n°2 (numéro spécial)  Ainsi que dans "Le bulletin des amis de François Ozenda" n°35 en 1988.

Merci à Bruno Montpied qui m'a passé cet article.

 

 

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