05/09/2014
Collection Cérès Franco à Carcassonne ??
La collection Cérès Franco à Carcassonne ?
Le 28 septembre 2013, est inaugurée dans des salles réaménagées du musée des beaux-arts de Carcassonne, une exposition présentant une partie de la Collection Cérès Franco.
Cette exposition appelée "Acte 1-les Imagiers de l'imaginaire" est la première partie de la donation totale que fait Cérès Franco à la ville de Carcassonne, de l'ensemble de ses quelques 1500 oeuvres d'artistes du monde entier.
D'origine brésilienne, Cérès Franco ouvre à Paris au début des années 70 la galerie "L'Oeil de boeuf" où elle expose des artistes souvent autodidactes qui expriment avec force leurs émotions à travers un expressionnisme figuratif.
Elle exposera et collectionnera toute sa vie, des oeuvres proche de l'Art Brut, de l'Art Naïf, de l'Art Populaire, de la Nouvelle figuration, de l'Art Singulier, etc....
Installée à Lagrasse depuis une vingtaine d'années, Cérès Franco souhaite, à plus de 80 ans, voir l'oeuvre de sa vie installée et pérennisée dans un lieu officiel et adapté à sa démesure.
En 2011, Jean-Claude Pérez, Maire de Carcassonne et Alain Tarlier, Maire adjoint chargé de la culture, conscients de l'intérêt et de la valeur inestimable de cette collection, lui proposent de l'accueillir de manière permanente dans une aile du musée des beaux-arts.
En accord avec Cérès et sa fille Dominique Polad-Hardouin, galeriste et commissaire de l'exposition, il est décidé que la donation se fera en 3 actes. Trois expositions qui permettront d'installer progressivement les oeuvres au sein du musée.
Tout allait pour le mieux dans le petit monde des arts jusqu'au 30 mars au soir, où le résultat des élections municipales, avec la défaite du Maire sortant, a remis complètement le projet en question.
Début avril, aussitôt après son élection, M. Larrat, le nouveau Maire, annule le "Parcours d'art". Cette manifestation prévue pour l'été en parallèle du Festival, devait accueillir dans 8 lieux de la ville, la presque totalité de la collection. Les raisons invoquées sont d'ordre économique.
Le 25 juin, au cours d'un rendez-vous qu'elle a pris avec le Maire et son adjoint M. Bes, Dominique Polad-Hardouin apprend le refus de la donation par la nouvelle municipalité. Celle-ci préfère utiliser la nouvelle aile pour déployer les réserves du musée !
Pour un choc, c'est un choc. Trois ans de travail et de préparation sur ce projet quasiment abouti tombent à l'eau. Aucune proposition de conciliation n'est énoncée. Madame Cérès Franco n'a, à ce jour, reçu aucune confirmation écrite de cette décision. Fin août 2014, aucune annonce officielle n'a été faite, le site de la Mairie et la presse locale, visiblement pas informée, continuent d'annoncer l'accueil permanent de "l'audacieuse" Collection Cérès Franco au musée des beaux-arts de Carcassonne.
Il semble que dorénavant, au niveau municipal, c'est plutôt le manque d'audace et de courage qui fassent bon ménage.
Cérès Franco voit dans ce qu'elle appelle une volte-face quelque peu cavalière, une revanche "politicarde". C'est vrai que l'alternance dans ce domaine implique souvent que l'on défasse systématiquement ce que les prédécesseurs ont fait.
C'est fort regrettable, car cette collection est une des 4 ou 5 plus importantes d'Art Brut et Hors Normes en France. Très connue dans le monde entier, elle aurait sans aucun doute attirée chaque année de nombreux visiteurs. Faut-il que Cérès Franco, à l'instar de son célèbre prédécesseur Jean Dubuffet, expatrie sa collection en Suisse, ou au Brésil comme elle l'envisage à contre coeur ?
N'y-a-t-il pas une ville grande ou petite dans la région capable de recevoir dignement ce magnifique cadeau ?
Jean-Louis Bigou - article envoyé à la presse locale pour parution le 24 août 2014
La Collection Cérès Franco à Carcassonne
Les ex-votos brésiliens







L'Art Populaire mexicain





Sculptures et peintures de Jaber



















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29/08/2014
Cérès Franco chez elle
Cérès Franco chez elle
J'ai rencontré Cérès Franco chez elle à Lagrasse le vendredi 15 août 2014. Quelque peu dépitée par la volte face municipale Carcassonnaise, elle ne continue pas moins de recevoir (sur rendez-vous), malgré son âge et ses difficultés à gravir les 3 étages de ses deux maisons respectives, les visiteurs intéressés par sa collection. En échange des 5 euros du droit d'entrée, elle peut évoquer durant des heures l'histoire de chaque tableau, la vie de chaque créateur, les angoisses et les tourments exprimés et projetés dans chaque oeuvre. Le tout en parlant d'elle, de son parcours, de ses rencontres et de ses combats. Dire que ses maisons sont de véritables cavernes d'Ali Baba est un doux euphémisme. Les murs sont couverts de trésors, les pièces, les couloirs et les escaliers regorgent d'oeuvres aux couleurs vives, puissantes et débordantes de vie. Les meubles quand il y en a, sont peints par des artistes et les sculptures envahissent le sol (Cérès n'aime pas les socles, trop conventionnel!). Chez Cérès l'Art c'est la vie et sa vie c'est l'Art. C'est de l'Humain qu'il est question chez elle et dans sa collection. De l'Humain et de l'Humanité à tous les étages comme l'eau et le gaz.
C'est vrai que dans cette accumulation d'oeuvres, on est aux antipodes de la rigueur muséale et de l'accrochage sobre et "contemporain" d'une petite partie de sa collection aux musée des beaux-arts de Carcassonne. Pourtant, elle aurait bien aimé qu'elle y reste sa collection au musée des beaux-arts comme c'était prévu de longue date. Au moins pour en assurer la pérennité et lui permettre, à elle, de se reposer un peu. C'était pratiquement chose faite. Le projet de donation de la totalité de sa collection à la ville de Carcassonne, grâce à Jean-Claude Pérez (ancien maire socialiste) et son adjoint Alain Tarlier, était largement engagé. L'exposition "Acte 1 Les Imagiers de l'imaginaire" de septembre 2013 à septembre 2014 en était la première étape. Mais grâce à Dieu et surtout aux électeurs de droite M. Larrat a été élu Maire de la ville. Aussitôt élu, aussitôt fait, d'un coup de balais purificateur il a bouté cet "art dégénéré" loin des murs de la Cité. Cette décision annoncée oralement à Dominique Polad-Hardouin n'est toujours pas 5 mois, après les élections, officialisée. 23 août 2014, la presse locale continue de parler de l'accueil permanent par la ville, de "l'audacieuse" Collection Cérès Franco. Trois jours après le 26 août, un article annonçait, enfin, le refus de la mairie, en précisant bien que cette décision n'était toujours pas officielle.

Le Maire souhaiterait, dit l'article, accueillir "des expositions de prestige en partenariat avec des musées nationaux". De l'art officiel quoi. Celui que tout le monde connait depuis longtemps ou celui à la mode, plus fugace, qui disparait aussi rapidement qu'il est apparu.
Bref, celui contre lequel Cérès Franco s'est battue toute sa vie.
Mais quittons ce "politic-art" environnement nauséabond , pour suivre Cérès dans la visite guidée de ses maisons.






















Merci Madame Cérès Franco.
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25/08/2014
Le jardin secret d'Henri Fabre-Colbert
Le jardin secret d'Henri Fabre-Colbert
Henri Fabre-Colbert, né en 1914 était un personnage haut en couleur et fort en gueule. Homme de tous les combats, ancien résistant, ancien militaire, il soutien activement le combat des viticulteurs dans les années 70 à travers les Comités d'Action Viticole. De sa plume ironique et sans concession il publie une chronique hebdomadaire, décapante et pamphlétaire, dans la presse locale et régionale. Ces chroniques seront réunies en 1993 dans un livre intitulé : "La Saint Con". Il publiera également : "La foire aux hommes" où il évoque son parcours de résistant, "Le Défi Occitan", "Des Sourires et des Hommes", "Les Hexaconnaux". Occitaniste convaincu, il fonde la revue "L'Echo du Languedoc".
Revenu au pays, il achète dans son village natal un ancien parc en friche, où il construit en plusieurs parties une maison d'habitation. Ses activités de journaliste-écrivain-contestataire, lui laisse un peu de temps libre qu'il consacre à l'aménagement de son parc et à la sculpture. En bon autodidacte, il apprend vite le maniement du ciseau et le siporex devient son matériau de prédilection. Facile à travailler, bien que fragile, il lui permet d'obtenir rapidement le résultat souhaité. Cultivé, passionné d'Histoire, notamment celle des Cathares et très attaché à la symbolique des choses, il reproduira, à partir de photographies, des oeuvres d'inspiration mythologiques, moyenâgeuses ou religieuses. Certainement très croyant, même s'il s'en défendait un peu, il construit une chapelle ornée de statuettes, au fond de son parc et sculpte plusieurs Christ, un à partir d'un pied de vigne et un autre, le dernier, qui orne aujourd'hui sa tombe.
Henri Fabre-Colbert cultivait la sculpture comme un "jardin secret", en secret dans son jardin clos.
J-L B
En passant sous la treille, on découvre le parc. Une statue de style ethnique est posée à même le sol, plus loin un muret orné de quatre panneaux sculptés en bas-relief borde une piscine.

La première sculpture, comme la plupart des autres, s'avère être en siporex qui avec le temps a pris l'aspect de la pierre.

Les quatre panneaux de style antique, surmontés d'une frise évoquent plus ou moins des scènes mythologiques.







Derrière la maison, sur le mur de droite, une rangée de tuiles abrite une exposition de sculptures.

Un Beethoven "pas content du tout", un éphèbe grec et quelques exercices de styles côtoient des vieux outils viticoles sous des jeux d'ombre et de lumière.


Au sol, une vierge et des bouts de frises.

Un poing fermé brandissant une croix occitane comme une arme, renvoie aux engagements politiques de son créateur.

Un couple féminin...

Et une copie de la "cathédrale de Rodin", entourée de bas-reliefs moyenâgeux.

Entre 2 symboles Cathares, une tête de Christ et un panneau religieux.

Près de la piscine un couple de chien stylisé avec le prénom Camille

Plus loin, un cabanon abrite des sculptures mises au rebut.

Au fond de son jardin, Henri Fabre-Colbert a construit une petite chapelle en pierre et en brique.

Des ouvertures dans les murs abritent des statues


Le christ au-dessus de la porte de la chapelle

A l'intérieur de la chapelle tout est resté en place. Des objets anciens et des vieux outils se côtoient. Un christ en siporex et son modèle n'ont pas bougé depuis la mort d'Henri.

Au-dessus de la porte, une peinture naïve.

Une autre construction restée inachevée au fond du jardin,

Sur un des piliers habillé de rocaille qui soutient la tonnelle devant la maison, sont représentés les signes zodiacaux de la famille. Le lion pour le père, le verseau pour la mère et la balance pour le fils.



Quelque part au fond du jardin un lion quelque peu assyrien se dissimule dans un muret en pierre.

Un Christ en cep de vigne, aux milieux des outils dans l'atelier d'Henri.

Souhaitant rester dans la symbolique jusqu'à la fin, Henri Fabre-Colbert, nous a quitté à l'an 2000.

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